Un Document d’Agropresse
Tout en poursuivant la distribution massive de l’aide alimentaire aux populations nécessiteuses après le séisme qui a ravagé Port-au-Prince et plusieurs autres villes d’Haïti, les responsables de la coordination de l’aide alimentaire et de la distribution de l’eau attirent l’attention sur la nécessité de ne pas perdre de vue la production nationale. Cette position est exprimée dans un document bilan sur la filière alimentation et eau, rendu public au début du mois de février.
Avant le séisme, la production nationale satisfaisait au moins 40 % de la demande alimentaire locale. Le reste provenait de l’importation et de l’aide alimentaire. Environ 500 000 personnes vivaient en situation d’insécurité alimentaire avant le 12 janvier 2010. Ce nombre est passé à plus de 2.5 millions suite au séisme. Pour répondre à ce gigantesque défi, plusieurs opérations d’assistance alimentaire ont été réalisées.
Depuis le 13 janvier le Programme national des Cantines Scolaires de l’Education Nationale (PNCS) a distribué plus de 1million de plats chauds, suivi de la brigade des cuisines mobiles de la République Dominicaine avec 500 000 plats chauds. Depuis le 31 janvier le gouvernement et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) ont réalisé conjointement avec les mairies de la région métropolitaine, une opération de distribution massive de plus de 12 000 tonnes de riz, au profit d’environ 500 000 familles, qui ont reçu chacune 55 livres (25 kilos) de riz. Aujourd’hui, conjointement avec le PAM, le gouvernement a annoncé la préparation d’une nouvelle distribution massive de pois (haricots), huile, sel et biscuits énergétiques pour 1.9 millions de personnes de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Les distributions se seraient intensifier également dans les autres régions du pays qui feraient face à l’arrivé de centaines de milliers de déplacés.
Reconnaissant l’effort de la communauté internationale pour apporter de l’aide à la population, la coordination souligne que « l’assistance humanitaire ne pourra jamais nourrir et satisfaire à 100% les besoins des habitants de la capitale et encore moins ceux de toutes les personnes réfugiées dans les autres départements ». Elle estime que « la reprise graduelle de certaines activités économiques permettront à beaucoup de gens de reprendre leur autonomie et de satisfaire eux même leurs besoins ». Les responsables signalent que le pays n’a pas besoin seulement de nourriture mais aussi d’argent pour assainir les villes et reconstruire, insistant sur la nécessité que l’aide aille au-delà de l’aide alimentaire pour consister, entre autres, en une aide économique, pouvant aider à créer des emplois.
La coordination de l’aide alimentaire et la distribution de l’eau qui a été formée par le gouvernement au lendemain du séisme du 12 janvier 2010 et qui est dirigée par le Secrétaire d’Etat Dr Michel Chancy, voit d’un œil positif que le secteur agricole ait été épargné par cette récente catastrophe et croit urgent de poursuivre les programmes entamés ces dernières années en vue de la relance de la production nationale. Pour augmenter la production nationale agricole, la transformation et la commercialisation des produits, en cette période de crise, le gouvernement a formulé une série de propositions « pour appuyer massivement la campagne agricole du mois de février de façon à ce que le pays puisse disposer dans les trois prochains mois de plus de produits agricoles pour mieux satisfaire les besoins de la population ».
La coordination estime à 17.000 tonnes métriques par mois, les besoins alimentaires des personnes les plus affectées par le séisme, pour le premier semestre de l’année 2010. Pour cette période la coordination demande aux organismes d’aide alimentaire de s’approvisionner en partie en produits locaux qui pourront satisfaire 53% de ces besoins grâce aux prochaines récoltes prévues de riz, pois et maïs. Le reste devra être couvert par des importations. Sous l’hypothèse qu’il y aura moins de sinistrés sous les tentes vers juin 2010 et que des emplois seront d’ici là créés, « la saison de printemps fournira près de 60% de la disponibilité alimentaire de juin à septembre », estime la coordination. Cependant, en prévision de la saison cyclonique, elle estime que des dispositions doivent être prises pour assister un million de sinistrés potentiels que les cyclones pourraient occasionner dans les départements du Sud, Sud’Est, Nippes, Artibonite, Ouest, Grand’Anse. « D’où la nécessité de la constitution d’un stock de sécurité de 90.000 tonnes métriques pendant 5 mois (juillet à novembre 2010) dont 53% pourra être constitué de produits locaux ».
Lors de sa présentation à une réunion spéciale sur Haïti tenue à Rome entre le Programme alimentaire mondial (PAM), la FAO et le FIDA le 12 février dernier, le Ministre de l’Agriculture Joanas Gué a réaffirmé la position du gouvernement, voulant faire de la gestion de l’aide alimentaire une opportunité pour le développement de la production nationale. Le Programme d’Urgence d’Appui à la Production Alimentaire du gouvernement présenté « intégrera la production nationale à l’aide alimentaire entre autre par des contrats entre les producteurs de denrées locales et les grandes ONG internationales, le PAM et les maisons de transfert » a affirmé le Ministre. Le gouvernement insiste fortement auprès de ses partenaires pour que l’on étende les programmes d’achats locaux sur tout le pays, comme ceux réalisés dans le Nord, avec des financements de la Coopération Française. Dans le cadre de ce programme, le PAM achète actuellement du maïs des producteurs de La Victoire, Saint-Raphaël, Dondon et Limonade, qui est destiné aux cantines scolaires. De même qu’avec un financement de la Banque Mondiale, le gouvernement s’apprête à relancer l’achat et la distribution de lait local aux écoliers.
Dans ce contexte post-séisme, l’intégration des produits locaux dans l’aide alimentaire s’impose comme une condition indispensable à l’adéquation entre aide alimentaire et production nationale.