
La gestion de l’aide alimentaire en Haïti peut être une opportunité pour le développement de la production agricole nationale. Cette position du gouvernement a été exprimée par le Secrétaire d’État à la production animale, Dr Michel Chancy, lors de sa participation à la réunion du Conseil d’administration du Programme Alimentaire Mondial (PAM), tenue à Rome du 9 au 13 novembre 2009.
Dans sa présentation, Dr Chancy a exposé les actions du gouvernement pour une utilisation efficace de l’aide alimentaire. Ces actions comprennent, entre autres, le programme national d'approvisionnement des cantines scolaires et les programmes nutritionnels et de stocks alimentaires stratégiques d'urgence à partir de produits agricoles locaux. « Il s’agit de profiter des différents projets d’aide alimentaire conçus pour faire face aux situations d'urgence pour les transformer en levier afin de créer des activités de développement durable », a expliqué le Secrétaire d’État à la production animale. Cette approche, a-t-il soutenu, permettra de sortir progressivement du cercle vicieux de la dépendance. À cet effet, un groupe de travail interministériel coordonné par le Ministère de l’Agriculture a été mis sur pied depuis plusieurs mois pour structurer un programme dénommé « Achats locaux pour le Progrès », a déclaré Michel Chancy.
Dans sa présentation, l’officiel haïtien a exposé les causes de la crise alimentaire en Haïti, pour mettre en perspectives le contexte dans lequel va se réaliser le programme du PAM en Haïti pour les années 2010 – 2011. Il a rappelé que la décapitalisation et la destruction de l’économie rurale, dû au manque d'investissements dans les exploitations familiales, la politique de libéralisation appliquée en Haïti et les échanges inégaux ont créé un environnement favorable aux crises alimentaires en Haïti. Michel Chancy a montré que le programme 2010-2011 du PAM s'insère dans la politique et les priorités du gouvernement d'Haïti.
Le Secrétaire d’État à la production animale a mis en exergue la vulnérabilité du pays tant aux aléas climatiques qu’à la hausse des prix des produits de première nécessité sur le marché international. « Cette vulnérabilité a été mise en évidence au cours de l'année 2008, lors des émeutes de la faim qui ont conduit à la chute d'un gouvernement et par les dégâts provoqués au moment du passage de quatre cyclones consécutifs (près de 230 millions de dégâts pour le seul secteur agricole) », a rappelé l’ancien directeur de l’ONG Veterimed.
Opportunités, espoir et stratégies
La réunion du Conseil d’administration du PAM a aussi servi d’occasion au Secrétaire d’État à la Production animale pour souligner le potentiel du marché national, pour absorber les produits locaux, mais aussi la nécessité de profiter de certaines opportunités pour renforcer les exportations agricoles. Il a pris en exemple la filière « lait », où « le pays possède suffisamment de vaches pour approvisionner le marché local de produits laitiers (500 000 vaches adultes en âge de production réparties sur environ 250 000 exploitations familiales) ». Mais, a concédé Michel Chancy, à cause du manque d'infrastructures (route, énergie électrique), cette production potentielle ne peut être collectée et valorisée. « Près de 80% du lait consommé est importé, le lait constitue le deuxième poste d’importation alimentaire pour près de 50 millions de dollars par an », a déclaré le secrétaire d’État. Il a par ailleurs fait mention du programme de construction de micro unités de transformation de lait, appuyé par le Ministère de l’Agriculture, « qui seront réparties à travers tout le pays pour collecter et transformer le lait sur place en des produits pouvant se conserver sans réfrigération »
Dr Chancy a mis en exergue l’importance du choix du gouvernement d’intégrer des produits locaux dans le programme de cantine scolaire, prenant en exemple la production de lait. « Aujourd'hui, en collaboration avec des ONG et des organisations de producteurs, plus de 30 000 enfants reçoivent du lait local à travers le programme de cantine scolaire. Ce lait est généralement produit par les parents de ces enfants. Il est transformé et consommé sur place », a avancé celui qui a lancé dans le passé le programme « Lèt agogo ». Il a cité trois bénéfices tirés du programme de lait dans les écoles: meilleure nutrition pour les enfants ; revenus directs pour les parents de ces enfants ; développement d’activités d’agroforesterie, protectrices de l'environnement et permettant l'alimentation des vaches.
Sécurité alimentaire
Selon la Coordination nationale pour la sécurité alimentaire (CNSA), le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire en Haïti est passé de 3,3 millions en octobre 2008 à 1,9 millions en novembre 2009. Les investissements publics pour le développement de l'irrigation, des pistes agricoles et l'accès aux intrants agricoles, couplés avec les efforts du PAM en Haïti et d’autres partenaires internationaux, ont contribué à cette réduction de l’insécurité alimentaire, selon Michel Chancy.
En effet, le Conseil d’administration du PAM a adopté le Programme pour Haïti 2010-2011, qui a comme stratégie de mise en œuvre: la concertation et le transfert de capacités à des institutions nationales. Les activités à réaliser comprennent : l’appui aux cantines scolaires, le programme nutritionnel pour les populations les plus vulnérables, le programme « vivres et/ou cash contre travail » et le pré-positionnement de stock d’aliments d'urgence. Selon le Secrétaire d’État à la production animale, « le programme sera une importante contribution pour faire face aux situations d'urgence qui menacent constamment Haïti et constituera un levier pour des activités de développement durable, pour permettre au pays de sortir progressivement du cercle vicieux de la dépendance ».
Le Programme PAM 2010-2011 pour Haïti, en chiffres
Nombre de bénéficiaires:
1 906 500 en 2010
1 627 000 en 2011
Besoins alimentaires:
150 730 Mt
Coût total:
147 683 320 dollars américains
Durée:
24 mois (1 janvier 2010 - 31 décembre 2011)