
Dans plusieurs régions du pays, la canne à sucre représente la principale source d'activités économiques. Ayant fait dans le passé la force de l'économie de St-Domingue, la filière canne à sucre présente encore des potentialités énormes qui, exploitées, pourraient contribuer à créer des emplois et augmenter les revenus de nombreuses familles.
La canne à sucre est cultivée principalement en monoculture dans la Plaine du Nord, la Plaine du Cul de Sac, la Plaine de Léogâne, la Plaine des Cayes et le Plateau Central. Elle est aussi cultivée en association avec d'autres cultures dans différentes zones du pays et dans des zones de montagnes semi-humides.
La superficie plantée en canne à sucre avait baissé de 85 000 hectares à 62 000 hectares, entre 1975 et 1995. De 1995 à 2005 le nombre d'hectares plantés en canne est passé de 62 000 à 44 500. Tout comme la superficie plantée, le rendement de la canne à l'hectare a aussi diminué pour passer de 50 à 37 tonnes métriques (TM) par hectare. De 1996 à 2005, la production nationale de canne à sucre a baissé de 1 750 000 TM à 1 225 000 TM par an.
Transformation de la canne
La canne est transformée en 5 produits différents consommés en Haïti et dont une partie est exportée vers d'autres pays de la région. Les produits dérivés de la transformation de la canne en Haïti sont principalement : le sucre, le rapadou, le clairin et l'alcool, le sirop de consommation et le rhum produit par distilleries.
Le sucre, avec une production en 2005 de l'usine sucrière de Darbonne de 2607 tonnes métriques (TM), représente 2 % du sucre consommé par le marché national. Le clairin et l'alcool utilisent 68 % de la canne à sucre nationale pour produire 11 000 000 gallons chaque année. Le rapadou, dont la production annuelle est d'environ 14 280 TM, utilise 17 % de la canne produite.
Environ 600 000 gallons de sirop de consommation sont produits par année et 3 % de la production de canne nationale sont utilisées à cet effet. Le rhum produit par les distilleries est estimé à 1 250 000 gallons l'an et conduit à l'utilisation de 3 % de la production de canne.
La canne à sucre est aussi consommée directement par la population. Elle est dénommée, dans ce cas-ci, canne de bouche. La quantité de canne de bouche consommée est évaluée à 50 000 TM par année soit environ 3 % de la production.
La libéralisation du commerce extérieur d'Haïti a donné lieu à la fermeture progressive des usines sucrières du pays. Ainsi, l'usine sucrière de Darbonne a cessé de fonctionner en 1986, l'usine sucrière du Nord a arrêté toute activité en 1991, la HASCO a fermé ses portes en 1992, tandis que la centrale Dessalines des Cayes en a fait de même en 1996.
L'usine sucrière de Darbonne a repris ses activités en 2000. Mais son niveau de production reste très faible, l'usine ne produisant actuellement qu'environ 2 % du sucre consommé localement.
L'enjeu majeur de la filière réside au niveau des opportunités offertes à différents niveaux de la chaine de production. La fabrication de sous-produits découlant de la transformation de la canne peut donner lieu à toute une gamme d'activités génératrices de revenus.
En effet, la canne récoltée, sous forme de tronçons de tiges, est transportée dans une unité de transformation pour être traitée. Les tiges sont broyées dans un moulin et produisent un liquide sucré- le jus de canne ou vesou - ainsi qu'un résidu fibreux, la bagasse.
D'autres sous-produits
La bagasse est en premier lieu utilisée pour la production de vapeur (brûlage dans une chaudière), servant à l'alimentation énergétique de l'unité de transformation, qui fonctionne le plus souvent en autosuffisance énergétique. L'excédent de bagasse non utilisée pour ce premier usage peut être utilisé pour faire du papier, de la litière pour les animaux, servir de nourriture pour le bétail, être valorisé comme base de compost, etc. Enfin, dans certains pays, la bagasse est également souvent brûlée dans des centrales à bagasse pour la production de chaleur et d'électricité.
En sucrerie, le jus de canne fait l'objet d'une évaporation, conduisant au sirop, lequel est clarifié puis concentré pour en extraire le sucre cristallisé brut. Ceci conduira au sucre roux (appelé couramment sucre rouge), qui sera ensuite éventuellement transformé en sucre blanc dans une raffinerie.
Le résidu liquide de la fabrication du sucre, encore très sucré, noirâtre et visqueux, est la mélasse. Cette dernière peut faire l'objet d'une fermentation et d'une distillation, pour conduire à la production d'une eau de vie : le rhum industriel ou le clairin. La mélasse peut également être fermentée et distillée pour la production d'alcool pur ou d'éthanol, à des fins pharmaceutiques ou, de plus en plus, de biocarburant. La mélasse peut être également utilisée telle quelle pour l'alimentation du bétail (souvent en mélange avec la bagasse).
Les entreprises et ateliers de transformation de canne en Haïti sont malheureusement limités dans leurs possibilités de générer les nombreux sous-produits dérivés de la canne. Ils sont confrontés à des problèmes majeurs qui renvoient, entre autres, aux difficultés pour s'alimenter en énergie, aux conditions de transport de la canne pour approvisionner les ateliers, au faible rendement des ateliers, à l'étroitesse des marchés (particulièrement pour le clairin) et aux mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles fonctionnent les ateliers (le cas de la production de rapadou) et aussi une carence en équipement moderne. Des interventions majeures pour pallier ces problèmes aideraient à améliorer la productivité et la compétitivité de la filière canne à sucre en Haïti.
Source :
1) Damais Gilles ; les filières rurales haïtiennes ; rapport de synthèse ; identification des créneaux potentiels dans les filières rurales haïtiennes ; MARDNR / BID, octobre 2005.
2) Acte du Colloque national sur la problématique des micros, petites et moyennes entreprises du secteur agro-industriel ; VETERIMED/PRIMA ; 2007
3) Wikipedia.com