
La communauté de Papaye, dans le département du Centre, a accueilli, le 7 décembre dernier, l’inauguration d’une laiterie dans cette zone. Cette laiterie, affiliée au réseau Lèt Agogo, a été mise en place dans le cadre du projet de « Renforcement des organisations paysannes du Haut Plateau central, par la mise en œuvre d’une laiterie dans la commune de Hinche. »
Ce projet est financé par le Programme de développement rural (PDR), mis en œuvre par le ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (MARNDR), avec l’appui financier de l’Union européenne. Le projet a comporté trois composantes. Outre la mise en œuvre de la laiterie, le projet a apuyé le renforcement des organisations d’éleveurs et des activités d’élevage par la formation des agents vétérinaires, le renforcement d’une pharmacie vétérinaire et une campagne de vaccination contre le charbon. C’est à travers la composante de renforcement des organisations d’éleveurs qu’a pris naissance l’Association des producteurs de lait de Hinche (Apwoleh).
Plusieurs personnalités, dont le représentant du ministre de l’Agriculture, l’agronome Jean Maurice Déjean, le directeur de Veterimed, Michel Chancy, le représentant du MARNDR dans le programme PDR, l’agronome Francklin Dauphin, et le directeur départemental du ministère de l’Agriculure, l’agronome Kernizan ont participé à la cérémonie d’inauguration, qui s’est déroulée sous le regard intéressé de plusieurs dizaines de riverains et d’éleveurs.
La laiterie de Papaye, localité située près de Hinche, porte à 13 le nombre de laiterie du réseau Lèt Agogo. Elle est gérée, pour sa phase initiale, par le Réseau vétérinaire interdépartemental (Intervet).
La superficie allouée à la construction de la laiterie a été fournie par l’organisation Mouvman Peyizan Papaye (MPP), rémunérée en actions et devenant ainsi un actionnaire de la laiterie. Parmi les autres actionnaires, on compte la branche régionale d’Intervet, l’ONG Veterimed et l’Association des producteurs de lait de Hinche (Apwoleh).
La revanche de Papaye
L’agronome Kernizan, du MARNDR, a présenté cette inauguration comme une revanche de Papaye sur le passé, faisant référence à la vocation d’élevage de cette localité. « Cette laiterie est un symbole emblématique. Il y a environ vingt ans, Papaye fournissait du lait à Hinche et à d’autres communautés du Plateau central, grâce à sa ferme qui était une référence nationale», a-t-il rappelé. En effet, la ferme d’État de Papaye, aujourd’hui en ruine, a été très célèbre dans le passé pour sa contribution importante à l’élevage, à la production de lait et du yaourt dans le Plateau central. À ce moment, les vaches appartenaient à l’État haïtien. À la différence de l’ancien modèle, les vaches sont pour l’instant la propriété des paysans qui sont également actionnaires dans la laiterie.
Le coordonnateur de l’Association des producteurs de lait de Limonade (Apwolim), Fritz Joseph, a partagé aux producteurs de Hinche ses expériences, en rapport à la laiterie de Limonade, la première à être créée dans le réseau Lèt Agogo. Il a étalé, avec satisfaction, les réalisations des paysans de Limonade, qui ont pu élever leur niveau de vie, grâce à leur laiterie.
À la suite des différentes interventions, une visite guidée a été organisée dans la laiterie de Papaye, à l’intention des 150 participants à la cérémonie. Les procédés utilisés pour transformer le lait leur ont été présentés.
Cette laiterie fonctionne à l’énergie solaire et dispose d’une pompe reliée à un puits artésien pour faciliter l’approvisionnement en eau. Elle transformera en moyenne 250 litres de lait par jour et aura un chiffre d’affaire annuel approximatif de 4 à 5 millions de gourdes, dont 40 % seront distribués aux éleveurs sous forme de paiement du lait.
Sa création a coûté un peu plus de 3,6 millions de gourdes. Mais le financement du projet global dont il est une composante, à travers le programme PDR, s’élève à environ 6,8 millions de gourdes.
La mise en réseau
Lèt Agogo est un réseau de production, de transformation et de commercialisation de lait. Les partenaires sont en majorité des paysans n’ayant que pour seules ressources parfois une ou deux vaches.
Le point de départ du projet Lèt Agogo est un ensemble d’enseignements tirés par les techniciens du Veterimed dans leurs travaux de vaccination d’animaux. Ils ont pris conscience de l’importance des importations de lait qui représentent plus de 40 millions de dollars américains par année.
700 000 familles ont au total plus d’un million d’animaux appartenant à l’espèce bovine, dont la moitié est constituée de vaches. Veterimed a pensé à l’opportunité d’exploiter cette potentialité, déclare Michel Chancy. Car, la production nationale pourrait suppléer aux importations de lait, souligne-t-il.
Le premier atelier de démonstration a été monté à Limonade. Celui-ci a commencé à produire en janvier 2002 du yaourt destiné à la commercialisation. Cette initiative s’est révélée très satisfaisante, à considérer les résultats, ayant stimulé les paysans à produire davantage de lait et développé chez les consommateurs un certain intérêt pour les produits. Par la suite, d’autres partenaires ont sollicité de l’assistance technique pour monter d’autres unités. C’est ainsi que Jacmel, Torbeck, Ouanaminthe, Arcahaie, Verettes, Thomazeau, Léogâne, ont vite fait d’emboîter le pas en créant leurs propres unités, autour desquelles des paysans fournissent du lait tout en bénéficiant des retombées du réseau.
Dans le projet Lèt Agogo, une structure est mise en place pour permettre aux producteurs de bénéficier des retombées de la transformation du produit. Dans la laiterie de Limonade, le modèle du genre, les producteurs possèdent 40 % des actions. 15 % appartiennent à un groupe de vétérinaires dans la zone, 25 % à un groupe de femmes alors que le reste, 15 % des actions, revient à Veterimed. Ce schéma est le modèle retenu pour la plupart des autres laiteries. Mais une fenêtre reste ouverte aux éventuels investisseurs privés qui manifestent le désir de participer au projet.
Au mois d’octobre 2005, le projet Lèt Agogo a remporté sur 1600 projets le premier prix du concours d’innovation sociale, organisé par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) et la fondation Kelogg. Les critères de sélection des projets renvoyaient surtout à l’originalité du projet et à sa capacité à faire intervenir la participation des communautés.